Belgique Betterave Sucrière Archives Interview avec André Wauters (23 janvier 2007)

Interview avec André Wauters

23 janvier 2007

Interview avec André Wauters, chercheur à l’Irbab à Tirlemont et responsable des essais variétaux


  • Quelle est la situation en infestation par les nématodes à kystes de la betterave en Belgique?

Sur base de plus de 2000 analyses menées fin des années 90, nous pouvons dire que 50 % des champs de betteraves sont infestés par les nématodes. L’ensemble de la Belgique compte des terres infestées, mais les hauts pourcentages d’infestation se distinguent autour des anciennes sucreries. Cette situation est connue depuis déjà quelques années mais cela évolue peu. Il s’agit en fait d’un héritage du passé des régions à haute concentration en betteraves.

 

  • Nous semons moins de betteraves, pourquoi l’infestation ne disparaît t’elle pas ?

La rotation en betterave est généralement de 3-4 ans. C’est vrai qu’en 10 ans la surface diminue de 10 % (grâce à l’augmentation de la productivité) et donc la rotation devrait s’alléger. Mais c’est théorique. Les betteraves sont toujours cultivées sur les meilleures parcelles. Comme déjà dit les nématodes sont présents depuis des années. L’allongement de la rotation peut entraîner une diminution mais pas une disparition des nématodes. En fait il faut des rotations de 5 ans pour diminuer significativement la population.

 

  • Beaucoup de planteurs visent une rotation longue, de 1 an sur 4 ou même plus espacée. Pourquoi y a-t-il donc encore des problèmes ?

Nous pouvons déjà dire que les résultats des planteurs en rotation quinquennale sont nettement meilleurs que les rotations triennales (dans une même région). Certains planteurs ont eu des rotations betteraves-blé-betteraves pendant les années 70-80. Lorsque les problèmes de nématodes apparaissent, la rotation doit absolument être allongée mais l’amélioration du rendement prend du temps. Les populations de nématodes doivent d’abord diminuer significativement avant que les rendements ne reviennent. La plupart des nématodes peuvent mourir dans le sol, mais des petites populations peuvent survivre pendant plusieurs années et donc maintiennent un potentiel infectieux.

 

  • Depuis cette année le prix de la betterave diminue. Avec de faibles rendements, la betterave n’est plus rentable. Que conseiller aux planteurs pour éviter ces problèmes ?

Il y a plusieurs possibilités :

1. Allonger la rotation

2. En rotation avec la betterave, éviter les plantes hôtes comme le colza, les choux,…

3. Semer des engrais verts qui réduisent les nématodes.

4. Assurer un bon équilibre du sol en éléments fertilisants.

5. Et le dernier conseil mais non le moindre : utiliser une variété tolérante au nématode dès que l’infestation est supérieure à 200 oeufs et larves.

 

  • A l’Irbab, tu as aussi la responsabilité de la recherche sur les variétés. Quels sont les développements dans la gamme variétale ?

La gamme est maintenant complètement orientée vers la rhizomanie. A côté d’un haut niveau de production qui reste central, il y d’autres aspects importants : moins de sensibilités aux maladies fongiques, moins de terre exportée, une meilleure richesse des variétés et la double tolérance au nématode ou au rhizoctone. Ces dernières ont une plus grande importance depuis qu’un haut niveau de potentiel de production est atteint en comparaison avec les anciennes génétiques

 

  • A partir de quel niveau d’infestation utiliser une variété tolérante au nématode ?

Précédemment, la limite se situait à environ 500 oeufs et larves/100 g. Nous devons vraiment diminuer cette frontière. De façon théorique, il y déjà des dégâts à partir de 1 oeuf et larve/100 g. Nous avons évalué que 1 nématode/100 g de terre provoque une perte de 3 à 5 kg de perte en sucre par ha. Pour nous la nouvelle limite est de 200 oeufs et larves/100 g. A partir de ce niveau, les dégâts sont visibles et la réaction d’une variété tolérante est mesurable. Aussi nous conseillons à partir de ce seuil, l’utilisation de variétés tolérantes comme Julietta.

 

  • Comment vois tu l’avenir de ces variétés?

Les variétés tolérantes actuelles (Julietta) sont jeunes et il est clair que la sélection et l’amélioration donneront du matériel encore meilleur dans le futur. En ce qui concerne le potentiel, la richesse, et l’extractibilité, ces variétés ne sont pas encore complètement à l’optimum. Dès que ces caractéristiques seront améliorées, l’utilisation de telles variétés sera généralisée dans notre pays.

Merci André pour cette interview.

 

http://www.kbivb.be/fr/pdf/Bt0701VarSpec.pdf